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100 ans de la disparition de Guillaume Apollinaire

Un siècle déjà que Guillaume Apollinaire, né Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky, s’est éteint. D’une mère polonaise et d’un père italien qu’il ne connut jamais, il vint au monde le 28 août 1880 à Rome. Cependant, c’est à l’édifice de la culture française qu’il apportera sa pierre : il est poète, écrivain, critique et théoricien d’art. Précurseur du surréalisme, patriote, maître de l’érotisme, amoureux de l’amour et ami de l’art, Guillaume Apollinaire est une des figures artistiques majeures du début du XXème siècle.

 

Vivant en Italie, puis à Monaco et Aix, il arrive finalement à Paris en 1900 accompagné de son frère et de sa mère. Cette dernière, originale, indépendant et exubérante va être l‘une de ses premières sources d’inspiration. La famille vivant dans la précarité, il travaille en banque afin de gagner sa vie, publiant parallèlement des poèmes et des contes dans des revues. C’est seulement un an après son installation que ses premiers poèmes paraissent dans la revue La Grande France. Il est aussi à l’origine d’un mensuel de belles lettres nommé Le festin d’Ésope dans laquelle il publie ses poèmes ainsi que des textes de ses amis tel André Salmon.

 

En 1907, sa plume commence à le faire vivre. Il écrit ainsi la préface de l’exposition Vladislav Granzow en 1909 « Il n’a aucune intention d’être moderne dans le sens étroit où l’on entend parfois ce mot. Pendant plusieurs années, il s’est efforcé de copier, au Prado de Madrid, les Velasquez, les Titiens, les Rubens, pour pénétrer quelques-uns des secrets de la peinture classique. Il a retiré de cette fréquentation le goût de la composition qui l’a au moins préservé de certains excès du réalisme. »

 

Il devient ainsi critique d’art pour L’Intransigeant en 1910 et publie la même année L'hérésiarque et Cie, célèbre exemple du texte en prose dont l’objet mélange savamment des épisodes de l’histoire ecclésiaste et des souvenirs personnels de l’auteur.

 

Il est alors présent à tous les événements culturels, et s’entoure de grand nombre d’artistes de son temps : Antonio de La Gandara, Jean Metzinger, Paul Gordeaux, André Derain, Edmond-Marie Poullain, Maurice de Vlaminck et le Douanier Rousseau. Il est au cœur d’un réseau d’amitié très dense dont il se fait le médiateur au langage habile et au regard clairvoyant.

 

Curieux, il le fut des arts ethniques et  de la communauté juive (plusieurs textes relatifs à ce sujet) dans laquelle il se retrouvait de par ses origines étrangères et son puissant sentiment nationaliste ; jusqu’à en apprendre l’hébreu. Il est également passionné des nouvelles techniques comme l’aviation et la radio. Théoricien de l’Esprit nouveau, il se fait défenseur du cubisme et créateur du terme surréalisme.

 

Paris, capitale culturelle, s’avère ainsi être sa fortune et sa muse.
 « Les hommes ne se séparent de rien sans regret, et même les lieux, les choses et les gens qui les rendirent le plus malheureux, ils ne les abandonnent point sans douleur. C’est ainsi qu’en 1912, je ne vous quittai pas sans amertume, lointain Auteuil, quartier charmant de mes grandes tristesses. Je n’y devais revenir qu’en l’an 1916 pour être trépané à la Villa Molière. »
Souvenir d’Auteuil - Le flâneur des deux rives 1918.

 

On retrouve aussi très souvent dans ses calligrammes des dessins de la Tour Eiffel.

 

Un autre pan de sa personnalité et de son art s’explique par son admiration et aliénation aux femmes. Sujet à de nombreux vertiges amoureux, un grand nombre de ses poèmes est destiné à ces femmes, ou est issu de relations épistolaires qu’il entretenait avec elles.

 

Mais en ce début du XXème siècle, la Grande Guerre menace. Patriote, il vit comme une tare d’être un apatride et va trouver en cette guerre une occasion idéale de remercier ce pays et d’être naturalisé. Engagé volontaire dans l'armée française en décembre 1914, Guillaume Apollinaire rejoint le front en Champagne au sein du 38e régiment d'artillerie de campagne au printemps 1915 après qu’une de ses demandes ait été rejetée. Malgré les combats, il continue à écrire des poèmes.

 

« Feu d’artifice en acier / Qu’il est charmant cet éclairage / Artifice d’artificier / Mêler quelque grâce au courage » Fête – Case d’armons.
Au front, ce qui est joli est atroce. Source d’inspiration comme de traumatisme, la guerre ébranle le poète et son  recueil Case d’armons est imprimé au front en 25 exemplaires avec
un duplicateur stencil qui sert alors à la réalisation des papiers et journaux militaires. 21 poèmes écrits entre le mois d’avril et le mois de juin 1915, dont beaucoup naissent de ses correspondances. 

 

« […]Les obus miaulaient un amour à mourir

Un amour qui se meurt est plus doux que les autres

Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir

Les obus miaulaient

Entends chanter les nôtres

Pourpre amour salué par ceux qui vont périr

 

Le printemps tout mouillé la veilleuse l’attaque

Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts

Ulysse que de jours pour rentrer dans Ithaque

Couche-toi sur la paille et songe un beau remords

Qui pur effet de l’art soit aphrodisiaque[…] »

La nuit d’avril 1915 – Case d’armons (paru ensuite dans le recueil Caligrammes)

 

Il écrit aussi La femme assise (publié à titre posthume en 1920), recueil dans lequel Apollinaire peint de façon désordonnée des scènes de la vie de Montparnasse avec le regard d’un soldat en permission retrouvant le goût et les joies abandonnés.

« Je suis pressé, la guerre continue, il s'agit avant d'y retourner d'achever le roman »

 

 Il est naturalisé le 9 mars mais est blessé par un éclat d’obus à la tempe en lisant dans une tranchée le 17 mars. Évacué à Paris, il y est trépané le 10 mai et entame alors une longue convalescence. En automne, il publie son recueil Le Poète assassiné dont la parution est fêtée dans l’ancien palais d’Orléans par ses amis.

 

Guillaume Apollinaire décède de la grippe espagnole deux jours avant l’Armistice. Il lègue à la culture française de nombreux poèmes, introductions et préfaces, romans érotiques et calligrammes.

 

 

 

 

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