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Auteurs
150 ans de la mort d’Alphonse de Lamartine

« La poésie n’est que ce qui déborde du calice humain. On ne vit pas d’ivresse et d’extase, et ceux qui commandent à un poëte d’être toujours poëte ressemblent à ce Calife qui commanda à ses esclaves de le faire vivre de musique et de parfums : il mourut de volupté et d’inanition.

 

Je sais qu’on me reproche avec une bienveillante colère de ne pas consacrer ma vie entière à écrire, et surtout à polir des vers [...]. Je ne comprends pas l’existence ainsi. L’époque où nous vivons fait nos devoirs comme nos destinées. Dans un âge de rénovation et de labeur, il faut travailler à la pyramide commune, fût-ce une Babel. » - La Chute d’un ange, Alphonse de Lamartine (édition originale de 1838).

 

28 février 1869, Lamartine est mort. Vingt et un ans presque jour pour jour après celui qui l’a vu, au balcon de l‘Hôtel-de-Ville, proclamer la Deuxième République.

 

Quand l’annonce de son décès paraît c’est le poète qui est célébré, mais également l’homme de carrière politique qui a traversé la Monarchie de Juillet, la Révolution de 1848 et le Second Empire.


De sa poésie, Le Lac, publié en 1820, est un emblème :

 

« Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportés sans retour,

Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges

Jeter l’ancre un seul jour ? »

 

Tirée de ses Méditations poétiques (seconde édition revue et augmentée, 1820), cette « méditation onzième » est composée sur la colline de Tresserve, en Savoie, sur les bords du lac du Bourget. Quand une stèle y est élevée en hommage à Lamartine, M. Henri-Robert, de l’Académie française, estime que « pour parler du poète des Méditations, il suffit de contempler ce lac, pur et profond comme le cours de sa vie. Ici nous est révélé leur accord secret fait de la même transparence. Ils sont tous deux baignés de ciel. Les tempêtes peuvent les assombrir, mais, quand elles s’en écartent, ils reprennent l’un et l’autre leur harmonieuse sérénité ».

 

Pour connaître Lamartine, il faut également parcourir sa vie telle que l’auteur la transmet lui-même dans ses Confidences (édition d’époque, 1849) ; et s’arrêter à ce prénom, Graziella, qui marque tant les amours adolescentes de Lamartine que son œuvre littéraire. Initialement intégré à l’ouvrage autobiographique Les Confidence, le roman est finalement publié seul en 1852. « Le souvenir de Graziella me gardait », écrit le poète (Mémoires inédits de Lamartine, 1790-1815, édition 1909).

 

Pour suivre l’homme dans son épopée politique, à la Chambre et sur le balcon de l’Hôtel-de-Ville, Lamartine écrit son Histoire de la Révolution de 1848 dans la foulée des événements de février (édition d’époque, 1849).  Sur son regard d’historien, il ajoute :


« J’ai peut-être eu tort d’appeler ceci une histoire. De si grands événements ne peuvent être regardés de si près : il faut plus de distance entre l’œil et l’objet. La perspective est une partie de la vérité dans l’histoire ; la Révolution de Février ne sera en perspective que dans un quart de siècle. »

L’auteur y annonce un récit « un peu littéraire et un peu épique » dans lequel il évoquera son rôle « à la troisième personne » dans l’idée d’écrire « l’histoire à la manière un peu solennelle de l’antiquité, dans le mode grec ou romain, style lapidaire et impersonnel ».

Et Alphonse de Lamartine de conclure sa préface : « Quand je me suis aperçu de mon erreur la moitié du volume était rédigée : il était trop tard pour revenir sur mes pas. J’ai continué dans la même forme de style tout en ayant changé de plan. C’est une faute de composition non de convenance. Je prie le lecteur de me la pardonner. »

 

Méditations poétiques . (Éd.1820)
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Le lac
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Mémoires inédits de Lamartine, 1790-1815
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