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Livres censurés ou interdits

Essais philosophiques, textes religieux ou érotiques… L’histoire de la littérature est émaillée de livres censurés ou interdits. Souvent bien plus qu’une simple mise à l’index, la menace de la censure marque la trajectoire parfois méconnue de certaines œuvres, depuis la forme que lui donne intentionnellement son auteur jusqu’aux textes qui nous sont parvenus aujourd’hui. Hachette BnF vous propose de redécouvrir certains grands classiques dont les parcours n’auraient pas été les mêmes s’ils n’avaient pas eu maille à partir avec la justice.

 

« On n’est point criminel pour faire la peinture des bizarres penchans [sic] qu’inspire la nature » - 1799 à Paris, le marquis de Sade doit pourtant publier anonymement sa sulfureuse Nouvelle Justine, ou Les Malheurs de la Vertu.

Pour échapper à la censure, le livre est antidaté de deux ans et prétendument édité en Hollande. Le scandale – prévisible – provoqué par le récit érotique du marquis arrive d’abord par son propre éditeur, instrumentalisé au travers d’une dénonciation publicitaire parue dans une revue littéraire : « si vous avez lu Justine, vous croyez sans doute que le cœur le plus dépravé, l’esprit le plus dégradé, l’imagination la plus bizarrement obscène ne peuvent rien inventer qui outrage autant la raison, la pudeur et l’humanité ». Mais les plaintes, réelles cette fois, s’accumulent contre le texte licencieux qui n’épargne rien au lecteur : viol, torture… ; une première saisie du livre est réalisée en 1800, tandis que Sade est arrêté en 1801 chez son imprimeur.

 

Quarante ans avant la Nouvelle Justine, et dans un tout autre registre, Voltaire devait lui aussi publier sous un autre nom Candide ou l’Optimisme, en 1759. Pernicieux, selon l’Église catholique, le conte philosophique aujourd’hui représentatif de l’esprit des Lumières ne parvient pas à passer outre l’examen préalable de la censure au XVIIIe siècle.

Pour publier son œuvre, le philosophe choisit de l’éditer en Suisse, anonymement – comme nombre d’autres ouvrages de ce temps. L’édition d’époque conservée à la Bibliothèque nationale de France est donc présentée comme une traduction à partir de l’allemand par un personnage fictif, « M. le docteur Ralph ».

Il faut dire que Voltaire est à cette période un récidiviste face à la censure : en 1752, L’Encyclopédie ou Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers de Diderot et D’Alembert, à laquelle Voltaire a participé, tombait sous le coup de la censure.

 

Le siècle suivant n’est pas exempt de cas de procès et de censure, et l’année 1857 voit comparaître devant la justice à la fois Baudelaire et Flaubert, tous deux poursuivis pour le double délit d’outrage à la morale et à la religion. L’un est acquitté, l’autre condamné.

 

À Flaubert, on reproche Madame Bovary, initialement parue en roman-feuilleton dans la presse - et dont un passage avait déjà été censuré par le journal au grand dam de l’auteur.

Le réquisitoire attaque une glorification de l’adultère et un excès de réalisme. La « couleur lascive » du roman choque : « L’auteur [...] a voulu faire des tableaux de genre, et vous allez voir quels tableaux !!! [...] On l’appelle Madame Bovary ; vous pouvez lui donner un autre titre, et l’appeler avec justesse : Histoire des adultères d’une femme de province ».

La plaidoirie défend un travail d’écriture de « personnages de la société actuelle, vivant dans les conditions de la vie réelle, et présentant aux yeux du lecteur le tableau vrai de ce qui se rencontre le plus souvent dans le monde », où l’adultère apparaît non pas glorifié, mais comme l’égarement d’une femme mal guidée dans les méandres de l’existence par son éducation.

Une fois le jugement rendu et Flaubert acquitté, l’auteur décide de publier une nouvelle édition de son œuvre accompagnée du réquisitoire, de la plaidoirie et du jugement qu’il a pris soin de faire sténographier ; c’est cette édition de 1879 que Hachette BnF vous propose de redécouvrir.

 

Pour Baudelaire, ce sont ses fleurs maladives qui subissent les affres de la justice. Le même excès de réalisme dérange, et le poète n’échappe pas à la condamnation (à une forte amende, déjà, mais surtout à la censure). La première version des Fleurs du Mal éditée par Poulet-Malassis et De Broise en 1857 est rééditée en 1861 amputée de six poèmes (Les Bijoux, Le Léthé, À celle qui est trop gaie, Lesbos, Femmes damnées et Les Métamorphoses du Vampire) - mais enrichie d’une trentaine de nouveautés.

Les Aventures d’Alice aux Pays des Merveilles, interdites en Chine en 1931 pour avoir imaginé un monde où humains et animaux sont des personnages d’égale importance ; Sherlock holmes censuré en 1929 par l’Union Soviétique pour apologie du spiritisme et de l'occultisme… Redécouvrez l’histoire bien souvent oubliée des grands classiques de la littérature.

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