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Histoire
Saint-Just l'intransigeant

Louis-Antoine-Léon de Saint-Just fut une figure majeure et contestée de la Révolution française. Surnommé  « L’Archange de la Révolution » ou « L’Archange de la Terreur », il voit le jour le 25 août 1767 à Decize et se rangea tout au long de la période révolutionnaire aux côtés des montagnards.

 

Après une année à Soisson, une autre enfermé à Paris – il avait semble-t-il tenter de dérober de précieux bijoux appartenant à sa mère – il poursuit des études de droit à Reims. Passionné, révolutionnaire exalté, il s’imprègne des écrits de Rousseau, Montesquieu, Machiavel et voue une admiration certaine à la culture gréco-romaine.

 

Très jeune, il s’essaie à la littérature, et publie anonymement en 1789 Organt, un poème de huit mille vers doté d’une préfacé ambivalente : « J’ai vingt ans ; j’ai mal fait, je pourrai faire mieux. »

 

Des lacunes formellement exposées aux yeux des lecteurs qui ne voient dans cette œuvre qu’un écrit libertin, délivré par un pornographe. Poème d’épopée, empruntant au romanesque et à un érotisme blafard, il narre les aventures d’Antoine Organt, paladin de Charlemagne, convoiteur de femmes, parti à la recherche de l’archevêque Turpin.  Divisé en vingt chants, compilés dans deux tomes différents, le poème est parsemé de situations scabreuses où viols et zoophilie se confondent et s’entrechoquent. Dans le premier chant, la scène de viol d’Adelinde est somme toute des plus ambiguës :

 

« Oh ! qu’il est doux, dans le feu du bel âge,

Pour un tendron, à son penchant livré,

De recevoir sur ses lèvres brûlantes,

Mille baisers d’un amant adoré,

De le presser en des mains caressantes,

De se livrer et se laisser charmer !

Mais qu’il est triste, hélas ! de se confondre

Avec quelqu’un qu’on ne saurait aimer,

De se sentir à regret enflammée,

Et malgré soi brûler et lui répondre

Linde pleuroit dans les bras du vilain ».

 

Et de renchérir dans le chant IV, dans lequel Adelinde succombe aux charmes d’un âne.

 

 « Il était âne, et guerrier qui plus est.

Sur le rocher, mollement étendue,

Linde découvre une cuisse charnue,

Et cependant le nerveux pénaillon

De la chair dure agitait l’aiguillon ».

 

Publié dans une relative indifférence,  l’ouvrage est particulièrement décrié par ses ennemis et détracteurs qui ne voient qu’une œuvre d’une platitude affligeante parsemée de descriptions fastidieuses. Pourtant une seconde publication est lancée en 1792, sous un titre davantage évocateur Mes passe-temps, ou le nouvel Organt de 1792, poème lubrique. Partie 1. Le succès littéraire n’est pas des plus évidents et Saint-Just bâtit surtout sa célébrité par son engagement politique lors de la Révolution et son ouvrage Fragments sur les institutions républicaines, publié à titre posthume.

 

Lorsqu’éclate la Révolution, Saint-Just se rend à Paris et entend bien prendre part aux débats et discussions afin de pérenniser les acquis et garantir l’instauration de la République. Son parcours politique est fulgurant, il participe à la fête de la Fédération en 1790 et rencontre celui qui influença largement sa pensée : Robespierre. Puis il fut l’un des premiers à escorter le cortège de Louis XVI à son retour de Varennes  tout en désirant ardemment précipiter sa mise à mort. Après une première tentative d’élection infructueuse – il était trop jeune – il parvient à se faire élire à la Convention en septembre  1792 à seulement 25 ans. Il siège ainsi  en compagnie des autres Montagnards que sont Robespierre, Danton  ou encore Jean-Paul Marat et participe amplement à la rédaction de la  Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1793 tout en officiant lors de diverses missions aux armées lors de conflits internes et externes.

 

En mars 1794,  face à l’assemblée il propose un décret afin de recenser les indigents et de leur attribuer les biens enlever aux contre-révolutionnaires.

 

Pour Saint-Just, un seul régime prévaut sur les autres, la République égalitaire et vertueuse. Son ambition est des plus limpides et il n’hésite pas à se monter intransigeant dans l’accomplissement de son idéal.

 

Dans les Fragments, il énonce la suprématie des institutions dans la constitution politique d’un pays en faveur d’un maintien de la paix « Les institutions sont la garantie du gouvernement d’un peuple libre contre la corruption des mœurs, et la garantie du peuple et du citoyen contre la corruption du gouvernement ».

 

Face aux factions émergentes, prévalent les institutions et un nombre réduit de lois. Néanmoins, sous des préceptes d’égalité, il se trouve néanmoins partisan d’un État justicier : « On dit qu’un gouvernement vigoureux est oppressif : on se trompe : la question est mal posée. Il faut, dans le gouvernement, justice. Le gouvernement qui l’exerce n’est point vigoureux et oppressif pour cela, parce qu’il n’y a pas que le mal qui soit opprimé… »

 

Le 8 thermidor, il rejoint son ami Robespierre et rédige ce qui fut son dernier discours à l’Assemblée. Face à ses adversaires et aux injonctions constantes de Tallien, Saint-Just accepte son sort et refuse la joute verbale. Impassible et stoïque, il se laisse guider en direction de l’Hôtel de Ville. Le 10 – soit le 24 juillet 1794, il tombe, avec Robespierre, sous le coup de l’échafaud. 

 

Des années après sa mort, Ernest Hamel, biographe de Robespiere et historien de la Révolution française, entend « dénoncer hautement à ses concitoyens et au monde entier toutes les calomnies, tous les mensonges jetés à pleines mains, depuis soixante-quatre ans, par une réaction sans conscience, sur les principaux acteurs de la Révolution français » dans Histoire de Saint-Just député à la Convention nationale, publié en 1860. Il qualifie ainsi Organt d’œuvre satirique,  une œuvre d’écolier mais décèle une pointe d’élan poétique. Sous  le Second Empire, la censure fait rage et les conflits de mémoire et d’opinions sur la Révolution et ses acteurs se multiplient. A ce titre, Hamel livre un portrait de Saint-Just qu’il veut le plus impartial possible.

 

Histoire de Saint-Just député à la Convention nationale. 1 (Éd.1860)
Histoire de Saint-Just député à...
Histoire de Saint-Just député à la Convention nationale. 2 (Éd.1860)
Histoire de Saint-Just député à...
Organt. Tome 1 (Éd.1789)
Organt. Tome 1 (Éd.1789)