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Auteurs
100 ans du Goncourt de Marcel Proust

Alors qu’on fête le centenaire de son prix Goncourt, Marcel Proust refait surface. Visiblement, celui que l’on classe volontiers parmi les plus grands auteurs du vingtième siècle n’a rien perdu de son attrait.

 

Le livre qu’on a failli pas pouvoir lire

 

Pourtant, Proust n’a pas connu un succès immédiat. Son recueil de poèmes en prose Les plaisirs et les Jours, paru en 1896 avec une préface d’Anatole France, lui vaut la reconnaissance de quelques personnalités du monde littéraire, mais ne se traduit pas par un succès en librairie. Au lieu d’écrire des livres, comme il aimerait, c’est donc dans les colonnes de la presse – surtout celles du Figaro, mais aussi de La revue blanche ou de La Nouvelle Revue française – que l’auteur aiguise sa plume, publiant chroniques littéraires et mondaines. Il faut attendre 1907 pour qu’il se lance dans l’écriture du premier roman qu’il terminera, censé être le premier volet d’une trilogie : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » …

 

Mais, malgré ses entrées dans le monde littéraire, Proust peine à trouver un éditeur qui soit réceptif à son style littéraire si particulier. La maison Fasquelle lui tourne le dos; la NRF aussi – et ce malgré les relations amicales qu’il avait entretenues avec son administrateur Gaston Gallimard. L’éditeur Ollendorff, quant à lui, dira : « Je suis peut-être bouché à l’émeri, mais je ne puis comprendre qu’un monsieur puisse employer trente pages à décrire comment il se tourne et se retourne dans son lit avant de trouver le sommeil ». Misère… Mais Proust finit par entendre parler du jeune éditeur Bernard Grasset, à qui il fait une proposition alléchante. Le 14 novembre 1913, Du côté de chez Swann paraît… à compte d’auteur. L’édition proposée par Hachette BnF est celle qui a été faite en 1919 par la NRF, après qu’elle se soit rendue compte de son erreur et devienne la maison d’édition de l’auteur.

 

L’accueil médiatique est timide. Le 16 novembre 1913, Le Figaro écrit quelques mots sur l’œuvre publiée par leur « collaborateur et ami » et sur son « talent littéraire véritablement hors pair ». Quelques jours plus tard, Le Temps donne la parole à l’auteur, qui fait allusion à un passage désormais célèbre : « Déjà, dans ce premier volume, vous verrez le personnage qui raconte, qui dit : « Je » (et ce n’est pas moi) trouver tout d’un coup des années, des jardins, des êtres oubliés, dans le goût d’une gorgée de thé où il a trouvé un morceau de madeleine ; sans doute il se les rappelait, mais sans leur couleur, sans leur charme. »

 

 

Proust primé du Goncourt

 

Le 10 décembre 1919, Proust reçoit une consécration aussi imposante qu’inattendue : alors que Roland Dorgelès était annoncé vainqueur pour ses Croix de bois, c’est À l’ombre des jeunes filles en fleurs qui est primé du prix Goncourt. Il s’agit du deuxième tome de ce qui deviendra À la recherche du temps perdu, et dont Hachette BnF propose la version originale. Léon Daudet, militant royaliste de l’Action français et membre du jury, vient donner la bonne nouvelle à celui pour qui il a voté. L’auteur, étonné, souffre d’un refroidissement et doit rester au lit.

 

Cette prestigieuse récompense est l’occasion pour le public d’apprendre à connaître celui qui deviendra un des auteurs les plus reconnus du monde. Dans la presse, des portraits dépeignent un homme taciturne, chétif et maladif, qui dort le jour et écrit la nuit. Il est vrai que Proust souffre d’asthme, et est victime de violentes crises depuis son enfance. Mais ce que notent surtout les journaux est son profil inhabituel pour un lauréat du Goncourt : il n’est plus tout jeune, écrit à propos d’un temps révolu et manie un style trop opaque pour la plupart des lecteurs. Les jurés finissent par prendre leurs plumes pour défendre leur choix. « Il est probable qu’un tel livre subsistera longtemps après que l’immense majorité des livres parus depuis le commencement de ce siècle se seront complètement effacés de la mémoire des hommes » prédit J.-H. Rosny aîné dans les colonnes du journal culturel Comœdia.

 

Suite posthume

 

Évidemment, une fois le Goncourt empoché, la prophétie de Rosny s’avère autoréalisatrice. Les cinq tomes suivants – soit sept livres, si l’on compte que deux desdits tomes sont subdivisés en deux volumes et dont les premières éditions sont tous disponibles sur Hachette BnF – sont reçus avec beaucoup plus d’enthousiasme que les premiers. Lorsque Proust décède en 1922 des complications d’une bronchite, la presse est unanime pour parler d’un écrivain exceptionnel. Les trois derniers tomes de La Recherche, sortis de façon posthume, sont largement commentés : la parution du Temps retrouvé, en 1927, marque l’apogée médiatique de l’auteur.

 

Mais au-delà des livres, c’est aussi l’auteur qui a subsisté dans la mémoire des hommes. Sur sa tombe au cimetière du Père-Lachaise, des proustiens viennent régulièrement déposer une madeleine. Dès 1947, la Société des amis de Marcel Proust est créée, afin d’ « entretenir le souvenir » de l’écrivain. La ville d’Illiers en Eure-et-Loir, où il a passé sa jeunesse et qui a inspiré le décor sa ville fictive de Combray, a été rebaptisé Illiers-Combray et 1971, en hommage. D’évidence les proustiens sont transportés par la prose de l’auteur, mais en tirent, comme disait Gide, « une sorte d’affection, d’admiration, de prédilection singulière » pour sa personne aussi.

 

« Tous ceux qui cultivent les talents de l’esprit s’efforcent alors d’aplanir la route du progrès ; les hommes de génie embrassent à la fois toutes les branches de la science et de l’art, parcourent toutes les voies que l’intelligence humaine a ouvertes, et s’y égarent quelquefois. Léonard de Vinci est un de ces derniers. »

 

 

 

 

 

À la recherche du temps perdu. 1, Du côté de chez Swann
À la recherche du temps perdu...
À la recherche du temps perdu. Tome 2. À l'ombre des jeunes filles en fleurs
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À la recherche du temps perdu. Le temps retrouvé. Tome 8. Volume 2
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