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Histoire
Centenaire de l'Armistice

Cent ans. Cela fait cent ans qu’a pris fin la Première Guerre mondiale. Conflit militaire entre puissances européennes dans un premier temps, il s’étend ensuite à tous les continents avec la participation de plus de soixante millions de soldats. Le front de l'Ouest était caractérisé par un ensemble de tranchées et de fortifications séparées par une aire surnommée le no man's land où s’est déroulé la «guerre des tranchées».

 

La littérature française a été marqué de plein fouet par cette guerre, notamment avec ses quelque 700 écrivains officiellement déclarés « morts pour la France ». Parmi eux :

 

- Charles Péguy, poète, écrivain, essayiste français. Il écrit Notre jeunesse (1910).

Il est mobilisé en août 1914 dans l’armée française et décède au front
le 5 septembre 1914 à la veille de la première bataille de la Marne, tué d’une balle.

- Louis Pergaud, instituteur et écrivain français, auteur de La Guerre des boutons. Mobilisé en août 1914 dans l’armée française comme sergent, il sert en Lorraine pendant l’invasion allemande. Le 6 avril 1915 son régiment lance une attaque contre l’invasion allemande à l’issue de laquelle il est porté disparu.

 

- L’écrivain Guillaume Appollinaire est un exemple particulièrement intéressant de l’effervescence artistique à cette époque.

Patriote, il s’engage volontairement dans l'armée française et rejoint le front en Champagne au printemps 1915 après qu’une de ses demandes ait été rejetée. Malgré les combats, il continue à écrire des poèmes.

« Feu d’artifice en acier / Qu’il est charmant cet éclairage / Artifice d’artificier / Mêler quelque grâce au courage » Fête – Case d’armons.

 

Au combat, ce qui est joli est atroce. Source d’inspiration comme de traumatisme, la guerre ébranle le poète et son  recueil Case d’armons est imprimé au front en 25 exemplaires avec un duplicateur stencil qui sert alors à la réalisation des papiers et journaux militaires. 21 poèmes écrits entre le mois d’avril et le mois de juin 1915, dont beaucoup naissent de ses correspondances.

 

« […] Les obus miaulaient un amour à mourir

Un amour qui se meurt est plus doux que les autres

Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir

Les obus miaulaient

Entends chanter les nôtres

Pourpre amour salué par ceux qui vont périr  […] »

La nuit d’avril 1915 – Case d’armons (paru ensuite dans le recueil Caligrammes)

 

Il écrit aussi La femme assise (publié à titre posthume en 1920), recueil dans lequel Apollinaire peint de façon désordonnée des scènes de la vie de Montparnasse avec le regard d’un soldat en permission retrouvant le goût et les joies abandonnés.

« Je suis pressé, la guerre continue, il s'agit avant d'y retourner d'achever le roman »

Il est blessé par un éclat d’obus à la tempe en lisant dans une tranchée le 17 mars. En automne, il publie son recueil Le Poète assassiné. Il décède de la grippe espagnole deux jours avant l’Armistice.

 

La Grande Guerre est une véritable source d’inspiration de romans, bandes dessinées, pièces de théâtre et œuvres poétiques. Plusieurs milliers de poèmes sont écrits chaque jour par les combattants et leurs proches. Le Feu d’Henri Barbusse, engagé volontairement dans l’armée en 1914, est une grande première : il décrit la réalité dans les tranchées, la vie d’un Poilu. Barbusse dédicace ce récit « à la mémoire des camarades tombés à côté de [lui] à Crouy et sur la côte 119. » et juillet 1916 le quotidien L’Œuvre annonce la parution en feuilleton du récit Le Feu, journal d’une escouade.

 

« On distingue de longs fossés en lacis où le résidu de nuit s’accumule. C’est la tranchée. Le fond en est tapissé d’une couche visqueuse d’où le pied se décolle à chaque pas avec bruit, et qui sent mauvais autour de chaque abri, à cause de l’urine de la nuit. […] Je vois des ombres émerger de ces puits latéraux, et se mouvoir, masses énormes et difformes, des espèces d’ours, qui pataugent et grognent. C’est nous. »

« Alors c’est trop facile de dire : « Faisons pas de différence entre les dangers ! » Minute. Depuis le commencement, y en a quelques-uns d’entre eux autres qui ont été tués par un malheureux hasard : de nous, y’en a que’ qu’s-uns qui vivent encore, par un hasard heureux. C’est pas pareil, ça, vu qu’quand on est mort c’est pour longtemps. » »

 

Sa dénonciation des horreurs de la guerre, et du bourrage de crâne de la propagande va diviser les critiques. Des extraits subissent d’ailleurs la Censure. Malgré cela, le récit est un immense succès au front où les Poilus se réjouissent d’avoir trouvé une voix, et à l’arrière où beaucoup découvrent la réalité de la guerre et de la propagande. Certains lui reprochent pourtant de ne pas assez vanter le courage héroïque des soldats ; dans son livre il n’y a pas de héros individuel. Il obtient le prix Goncourt de 1916 et ce sont 250 000 exemplaires vendus à la fin de la guerre.

 

En 1915 est publié L’argot des tranchées : d’après les lettres des poilus et les journaux du front, de Lazare Sainéan. Cet ouvrage raconte l’histoire linguistique et sémantique de la première guerre mondiale où des soldats de différents horizons, sont rassemblés au front où ils font cohabiter langues étrangères et patois.

 

« Crèche, abri dans les tranchées, et logis, synonyme de cambuse et de turne : « Moi dès demain, je demande à changer de crèche » Galopin, Les Poilus, p.85 »

Il s’accompagne aussi de journaux du front, et de nombreuses lettres, dont la correspondance d’un ouvrier parisien à sa sœur.

« Je t’ai écrit une carte le 25 ; nous allons, je crois, être mis au repos ; nous ne l’aurons pas volé depuis un mois et demi que les obus nous éclatent autour des oreilles ; j’ai cru un moment devenir fou. »

 

Un autre exemple est la parution en 1920 de l’ouvrage d’Henri Barbusse Paroles d’un combattant, articles et discours, 1917-1920, compilation d’articles et de discours écrits par l’auteur.

« Tu te bats pour quelque chose, et ce n’est pas ce que beaucoup essayent de te faire croire. Tu te bats pour la justice et pour la libération des hommes, et pour cela seulement. Il faut t’expliquer les raisons de ton sacrifice et de tes souffrances. Tu as le droit de savoir ; on a le devoir de te parler. »

 

Extrait de sa lettre au directeur de l’Humanité le 9 août 1914 : « Si j’ai fait le sacrifice de ma vie et si je vais avec joie à la guerre, ce n’est pas seulement en tant que Français, c’est surtout en tant qu’homme. »

 

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