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Culture
Les Orientales - Victor Hugo

En 1928, Victor Hugo est déjà un artiste aux ambitions multiples. Alors qu’il rédige son premier roman Bug Jargal en 1818 à seulement seize ans, il publie un célèbre recueil de poésie en 1926 intitulé Odes et Ballades avant de s’atteler en 1828 à la rédaction d’une œuvre romantique inspirée par l’Orient : Les Orientales, parue en 1829. Tout au long de sa vie, il a défendu par sa plume ou sa verve dans les salles de l’Assemblée des causes politiques ; de la peine de mort dans Claude Gueux, ses discours engagés à l’Assemblée en faveur de la paix ou la dénonciation d’une misère sociale grandissante et accablante dans le roman qui consacra sa postérité : Les Misérables en 1862.  Mais dans les années 1820, Victor Hugo prend part pour la Grèce dans sa guerre pour l’indépendance contre l’Empire ottoman dans son recueil de poème Les Orientales. Ce poète romantique se laisse séduire, à l’instar de nombreux artistes de son époque tels Delacroix ou Gérard de Nerval par les curiosités venues d’Orient, plus particulièrement par la Grèce et le déclin de l’Empire ottoman. Au fil des 41 poèmes, Hugo plonge le lecteur dans une chaleur mystérieuse, un Orient aux teintes occultes empli paradoxalement d’une lumière rutilante et de sombres reflets, conséquences de conflits dévastateurs majoritairement entre Chrétiens et Musulmans. Nul besoin d’une scission religieuse, pour Victor Hugo, les croyances peuvent se confondre et vivre en harmonie à la seule condition de l’indépendance grecque.

 

Dès la préface, Hugo justifie le choix d’un sujet libre et si « au siècle de Louis XIV ont était helléniste, maintenant on est orientaliste ». L’orient devient le lieu du fantasme, d’une vision quasi onirique et âpre d’un monde ancien qui fascine de plus en plus l’Occident.  Une chimère extatique au sein de laquelle Victor Hugo n’a jamais mis les pieds, inspiré par un seul coucher de soleil aux tonalités empourprées. Et Les Orientale, le manifeste de la vision pittoresque d’une nature luxuriante, des femmes mourantes ou sensuelles, Sara la baigneuse, Lazzara, Nourmahal la Rousse, les sultanes ou les odalisques mais encore la guerre. Dévastatrice. Hugo livre des tableaux saisissants des scènes de massacres, de la mort environnante et fait écho au notoire massacre de Scio – ou Chio – dans le poème intitulé L’enfant :

 

« Les Turcs ont passé là !

Tout est ruine et deuil

Cho l’île des vins 

N’est plus qu’un sombre écueil. »

 

Et de finir

 

« Que veux-tu ? fleur, beau, fruit, ou l’oiseau merveilleux ?

- Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,

Je veux de la poudre et des balles. »

 

D’un panorama à l’autre, le climat est successivement sombre, fascinant ou optimiste, des guerres, des sérails aux palais, Victor Hugo, empreint de philhellénisme, dépeint une intention riche et résolument charnelle.

Les Orientales, (Éd.1868)
Les Orientales, (Éd.1868)