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Culture
Paris vu par les utopistes du XIXe siècle

Dans le courant du XIXe siècle, le profil de Paris est radicalement redessiné par les travaux d’Haussmann. Ce plan d’urbanisme avait alors une visée essentiellement sanitaire : en effet, la structure de la ville était alors propice au développement d’épidémies et à l’insécurité. Le plan Haussmann intervient alors pour adapter la ville aux nouveaux besoins de la société moderne.

 

Paris a toujours été au centre de projets artistiques, architecturaux et littéraires. Théophile Gautier introduit d’ailleurs son ouvrage, Caprices et zigzags par la phrase suivante : “Paris s’occupe infiniment de lui-même ; il se regarde, avec la plus grande naiveté, comme le centre, l’oeil et l’ombilic de l’univers. Il admet à peine qu’il existe quelque chose hors de lui.” Pourtant, lorsque paraît cet ouvrage en 1856, les travaux d’Haussmann (1852-1870) n’en sont encore qu’à leurs balbutiements et la ville est présentée ainsi par l’auteur : “Les trois quarts des rues ne sont que des ruisseaux de fange noire et fétide comme au temps de la plus franche barbarie.” - p 309. Au fil du roman, Gautier nous livre ainsi ses doutes et ses réflexions sur le nouveau Paris qui se profile.

 

Les travaux d’Haussmann ouvrent de nouvelles perspectives pour la ville et invitent à rêver à des jours meilleurs au sein d’un Paris repensé et transformé. Dans le Paris moderne, plan d'une ville moderne que l'auteur a appelée Novutopie, publié en 1869, Amable-Félix Couturier de Vienne parle d’ailleurs bien volontiers de “l'Embellissement de Paris”. Cet ouvrage permet surtout de retracer tout l’historique du plan Haussmann, des Ateliers nationaux, aux expositions de Londres (1851) et de Paris (1855).

Au delà des marbres et des moulures cependant, Couturier de Vienne revient également sur les désagréments engendrés par les travaux et livre un témoignage précieux sur cette vie parisienne bousculée : “(...) Nous sommes poursuivis, traqués, par la démolition qui, tout autour de nous étend ses ruines, ne nous laisse pas un moment de répit; nous nous endormons avec une pioche de Damoclès suspendue sur notre tête (...)” - p 51.

 

De son côté, Victor Fournel, dans Paris nouveau et Paris futur amorce un parallèle entre le Paris littéraire décrit par Victor Hugo dans Les Misérables et le Paris d’Haussmann, afin d’exprimer son admiration pour cette ville nouvelle et moderne : “Il y a quatre cent ans, lorsque Quasimodo, accoudé sur la balustrade des tours de Notre-Dame regardait Paris étendu sous ses pieds, voici ce qu’il voyait : un océan de toits aigus, de pignons taillés, (...) un labyrinthe fourmillant et profond, (...) mêlant sans cesse, dans le plus amusant amalgame, le hideux à la grâce et le burlesque au grandiose.” (...) “Aujourd’hui lorsque M. Prud’homme, propriétaire, électeur expert juré et capitaine de la garde nationale, monte au sommet de la colonne Vendôme (...) il voit sous ses pieds s’aligner à l’équerre, s’allonger au cordeau, une ville auguste et majestueuse (...) - p 12.

 

Le plan Haussmann est un tel gage de modernité et de progrès que certains, comme le Dr. Tony Moilin, rêvent à des jours encore plus lointains. Dans Paris en l’an 2000, l’auteur se livre à toute une série de conjectures sur la future société moderne et sur les évènements qui poncturaient les 131 ans qui le séparent de l’an 2000. L’ouvrage de Moilin témoigne des bouleversements de son époque et de l’aspect “symptomatique” que revêtirent les travaux d’Haussmann : “C'est là une question qu' il ne m'appartient pas de décider et qui doit être tran-

chée par les Parisiens eux-mêmes , puisqu' il s' agit de la ville qu' ils habitent . C' est à eux de voir s' ils sont satisfaits de leur situation présente , ou si au contraire ils désirent un changement et sont résolus à faire tout ce qu' il faudra pour l'obtenir.”

Paris nouveau et Paris futur (Éd.1865)
Paris nouveau et Paris futur (...
Paris moderne, plan d'une ville moderne que l'auteur a appelée Novutopie
Paris moderne, plan d'une...